jeudi 13 août 2009

Le mode vidéo du Canon EOS 5D Mark II : atouts, contraintes et utilisations

Hier, je parlais de ce qu'a changé pour moi le Canon EOS 5D Mark II en photo et je me suis bien gardé de faire des comparaisons par rapport à la concurrence pour ne pas être encore plus interminable. J'aurais par exemple pu citer le Nikon D3 arrivé plus tôt avec les mêmes sensibilités, mais avec un prix complètement différent. Aujourd'hui, j'aimerais aborder le mode vidéo du 5D Mark II (après mes premiers retours début juin) et le moins que l'on puisse dire, c'est que ce mode vidéo n'a pas d'équivalent. Nikon a lancé la vidéo sur les reflex avec le D90 grâce à la fonction Live View, mais avec de grosses limites (j'y reviendrai) et surtout, avec un capteur plus petit. Et c'est là qu'est tout l'enjeu ! C'est principalement grâce à son grand capteur (24 sur 36 mm) que le 5D Mark II a marqué les esprits. En effet, ce type de capteur permet d'atteindre facilement de toutes petites profondeurs de champ et le rendu esthétique des premières vidéos qui ont circulé (par exemple sur Vimeo) a naturellement fait penser au cinéma. Le court métrage Reverie de Vincent Laforet a notamment fait forte impression. Mais voilà, malgré les atouts considérables de ce mode vidéo, il a aussi de grosses contraintes vis-à-vis des camescopes (qui sont donc prévus à la base pour filmer). On ne peut effectivement pas ajouter un mode vidéo à un appareil photo sans être confronté à pas mal de problèmes. Panasonic en sait quelque chose avec par exemple le Lumix GH1 qui est arrivé avec la vidéo bien après le G1. Alors, quels sont les atouts et les contraintes du mode vidéo du Canon EOS 5D Mark II ? Et donc, à quels usages correspond-il ?

La fiche technique

Commençons par la fiche technique de ce mode vidéo en la comparant à celle du D90 :
  • image de 1 920 sur 1 080 pixels (720p sur le D90) ;
  • cadence de 30 images par seconde (24 sur le D90) ;
  • son à 44,1 kHz (11 kHz sur le D90) ;
  • entrée audio stéréo (absente sur le D90) ;
  • compression H.264 (Motion JPEG sur le D90) ;
  • durée maximale de 12 minutes (5 minutes sur le D90) ;
  • mode manuel après mise à jour (automatique sur le D90).
Canon a donc placé la barre assez haut dès le début (d'autant plus que l'on bénéficie aussi des hautes sensibilités). D'ailleurs, il n'existe toujours pas d'autre reflex 24 x 36 capable de filmer. Si c'était le cas, voyons qu'elle pourrait être la fiche technique de son mode vidéo en partant de celle du 5D Mark II :
  • la taille de l'image (Full HD) convient à la majorité des tournages qui ne visent pas forcément une diffusion au cinéma ;
  • la cadence suffit en général, mais on pourrait aussi espérer 50 et 60 images par secondes par exemple pour des ralentis tout comme 24 et 25 images par secondes pour s'insérer dans tous les tournages ;
  • le son du micro interne est assez pauvre en fréquence et il capte malheureusement les bruits de manipulation (notamment l'utilisation des bagues de l'objectif) et de fonctionnement de l'appareil (par exemple la stabilisation de l'objectif, comme dans la vidéo en illustration), il n'y a par ailleurs aucun moyen de le contrôler (pas d'indication sur le niveau, pas de réglage du gain et pas de prise pour un casque) ;
  • le son obtenu avec des micros externes est moins bon qu'avec la plupart des camescopes, il pourrait d'ailleurs y avoir une entrée ligne pour utiliser aussi des préamplis externes ;
  • la compression à 35 Mb/s est assez intéressante, il y a beaucoup de détails dans l'image et les fichiers restent de taille raisonnable par rapport aux cartes mémoire actuelles, mais pourquoi pas une option à 100 Mb/s (pour des rushes en 4:2:2, moins sous-échantillonnés) ;
  • les 12 minutes maximum ne me posent pas de problème pour filmer des chansons, mais cela m'en pose pour les interviews, pire encore pour les captations de concert, il serait donc préférable de pouvoir tourner tant que la carte mémoire le permet (on arriverait à plus d'une heure et demie avec 32 Go) ;
  • quand le mode manuel est arrivé à l'occasion d'une mise à jour, la vidéo sur le 5D Mark II est devenue encore plus intéressante puisque beaucoup plus contrôlable, mais j'ajouterais volontiers un mode priorité à l'ouverture et un mode priorité à la vitesse.
Un mode manuel qui change tout

Le mode manuel change tout car il permet de contrôler l'exposition et donc une grande partie de l'esthétique de l'image :
  • la sensibilité de 100 à 12 800 ISO (ou automatique), avec donc plus ou moins de bruit ;
  • la vitesse d'obturation de 1/30 de seconde à 1/4 000 de seconde, avec donc un contrôle du rendu des mouvements ;
  • l'ouverture du diaphragme comme on le souhaite, avec donc le choix de la profondeur de champ.
Sur le plan esthétique, ce dernier point a un impact majeur. Le court métrage cité plus haut est tourné de nuit, alors il est logique que le mode automatique (le seul disponible au moment du tournage) ait favorisé une grande ouverture et donc une faible profondeur de champ, d'où ce fameux rendu cinéma avec des flous d'arrière-plan. Par contre, avec beaucoup le lumière, ce mode automatique a tendance à fermer le diaphragme, avec comme conséquence une grande profondeur de champ pas forcément souhaitée. Désormais, le mode manuel permet de choisir et donc de profiter pleinement de l'atout unique du 5D Mark II : accéder à de très faibles profondeurs de champ avec un budget (boîtier + objectif) en dessous de 4 000 € (voir la vidéo d'illustration, fichier original disponible ici avec un compte Vimeo).

Une question de positionnement

Ce type de rendu n'est pas vraiment possible avec les camescopes actuels, même sur les modèles destinés aux professionnels. Pour le retrouver, il faut se tourner vers le matériel de cinéma. Et là, c'est en dizaines de milliers d'euros qu'il faut compter. Il en va de même pour les objectifs : on accède facilement aux grands angles, aux objectifs lumineux et on peut réexploiter un parc d'objectifs déjà acquis pour la photo.

Un système qui n'a pas été prévu pour filmer

J'ai évoqué plus haut un certain nombre de points à revoir. Mais il en reste deux, assez fondamentaux. Tout d'abord l'autofocus. Il est à oublier totalement en mode vidéo (trop lent et bruyant). On filme donc avec le 5D Mark II en faisant la mise au point manuellement (ou alors en utilisant l'autofocus une seule fois avant de lancer l'enregistrement). Heureusement, la précision de l'écran le permet réellement et un zoom grossissant 10 fois est disponible (mais pas pendant l'enregistrement, dommage). Faire une mise au point manuellement en vidéo, cela nécessite une certaine maîtrise : ne pas se tromper de sens dans lequel tourner la bague, ne pas déstabiliser l'appareil, etc.

La bague de zoom pose les mêmes questions : compétences de mise en œuvre pour de la vidéo et bruit dans le micro interne. Néanmoins, ces deux aspects (mise au point et zoom) peuvent ne pas poser de souci si l'on a les compétences ou si l'on filme en plan fixe. Par contre, le son interne du boîtier ne peut servir que de piste de secours et pour la synchronisation. Et puis, le boîtier en lui même ne se prête pas toujours aussi bien aux mouvements de caméra qu'un camescope. On peut alors penser à le monter sur un stabilisateur. Il existe d'ailleurs tout un marché pour combler les faiblesses du 5D Mark II en vidéo : support d'épaule, follow focus (manipulation de la bague de mise au point), boîtier audio XLR, etc. De joyeux bidouilleurs se penchent aussi sur le programme interne du boîtier pour l'améliorer, notamment au niveau du son (voir Magic Lantern).

Utilisations

Ayant utilisé le Canon EOS 5D Mark II depuis fin 2008 à l'occasion de tournages de différentes natures, je vois principalement trois types d'utilisations :
  • Les vidéos sans prétention au niveau de la qualité technique : par exemple en famille. Ce n'est pas forcément grave si le son n'est pas très bon, si l'image est parfois floue et si elle n'est pas très stable. L'intérêt du 5D Mark II est alors d'éviter de prendre un camescope et pourquoi pas de profiter de son rendu si l'on dispose des compétences nécessaires (cela peut aussi être l'occasion de les acquérir).
  • Les plans fixes : par exemple dans le cadre d'un tournage multicaméra. Le son est enregistré par une autre caméra (un camescope pro) ou par un enregistreur. La mise au point et le cadrage sont faits avant le début de la vidéo. Cela peut être très intéressant pour obtenir un grand angle ou au contraire un gros plan avec une faible profondeur de champ.
  • Presque toutes les autres utilisations, mais en réunissant ces trois conditions : avoir les compétences mentionnées plus haut, pouvoir véritablement se passer d'autofocus, avoir une alternative pour le son.
Quelques exemples

Je ne peux pas encore montrer tous les types de tournages que j'ai réalisés avec le 5D Mark II, mais en voici quelques-uns :
  • une interview de Pierre Journel à quatre caméras, dont le 5D Mark II à gauche au sol sur un mini trépied (plan fixe, je bénéficie d'un grand angle que je n'ai pas sur mes camescopes) ;
  • une session acoustique de Séverin et Liza Manili à quatre caméras, dont le 5D Mark II à gauche dans mes mains (mise au point et zoom pendant l'enregistrement, je profite de la faible profondeur de champ) ;
  • un clip live de Revolver dont la captation a été faite avec six 5D Mark II, le mien (sur trépied avec une tête vidéo) faisant le plan de face (mise au point et zoom pendant l'enregistrement, je profite du rendu très propre en vidéo à 1 600 ISO).

Le mouvement est lancé

Une chose est sûre, un mouvement s'est lancé avec le Canon EOS 5D Mark II. Une esthétique recherchée est maintenant accessible pour quelques milliers d'euros. Les productions vont donc s'enchaîner et les constructeurs sauront nous apporter des offres plus adaptées. En attendant, les 5D Mark II remplissent des cartes mémoire à un rythme effréné !

Aller, je termine par le petit plus que j'aimerais avoir dans la prochaine mise à jour : la correction et le verrouillage de l'exposition en mode manuel quand la sensibilité est automatique...


Voir aussi : le récapitulatif.

4 commentaires:

romain a dit…

Bonjour.

je viens de lire votre blog. Assez intéressant cet article-ci. Je viens de me lancer avec des amis (dont un possède le 5d mark ii mais ne sait pas encore s'en servir) dans la réalisation d'un court métrage. On a filmé, c'est super beau du point de vue de l'image, on a le son en séparé directement sur PC via table de mix. Bref, le tournage se passe très bien !
Problème : le montage. J'aimerais savoir si vous aviez effectué déjà des montages plus spécifiques, plus complexes (même un simple champ contre champ pour un dialogue) et si oui, avec quel type de machines et avec quel programme ?

Un grand merci.

R. GAUTIEZ

Nicolas Esposito a dit…

Bonjour Romain,
J'ai généralement plusieurs prises avec plusieurs appareils. Je synchronise dans Final Cut Pro manuellement et dans certains cas automatiquement avec Plural Eyes. J'espère que ça répond à ta question...

David a dit…

Bonjour, je trouve le clip revolver vraiment génial, beau travail! Seulement j'ai une question qui me trotte depuis un moment, si j'ai bien compris le canon eos 5d mk2 a un système de mise à jour par CD ? Si quelqu'un pourrait m'éclaircir sur là dessus, ce serait très sympa, excuser mon côté néophyte dans ce domaine :) je débute :)

Cordialement

Nicolas Esposito a dit…

Merci David :-) Pour la mise à jour, on met le fichier sur la carte et on demande la mise à jour dans les menus. C'est assez simple.